Processus

Sensible aux démarches d'upcycling, je collecte et détourne un textile technique aux propriétés novatrices, fabriqué à échelle industrielle : la toile de parachute et de parapente. Je m'approprie de façon artisanale ce matériau voué à disparaître (incinéré lorsqu'il est « hors d'usage ») pour concevoir et fabriquer près de Nantes, des collections de prêt-à-porter sous forme de petites séries.

Le parachute est une matière synthétique extrêmement fine et légère dont l'aspect est proche de celui de la soie mais qui présente l'avantage d'être presque inusable, très facile d'entretien, et dont les couleurs ne s’altèrent pas. Le parapente lui, est tout aussi fin et résistant mais il est plus approprié à des modèles coupe-vents. Il s'apparente davantage au papier et il est d'ailleurs subtilement quadrillé. Il “craque” ou bruisse à chaque mouvement. Chacune des toiles sélectionnées a survolé un territoire de l'Ouest de la France. C'est la combinaison de ces toiles et de leurs parcours qui confèrent une authenticité propre à chaque modèle.

Les collections Processus mélangent les codes du streetwear et l’élégance de la ligne, minimale. À la manière d'un collage, les à-plats de couleurs s'associent, rythmés par le réseau de coutures existantes de la toile. Les fragments colorés s'organisent pour faire naître des volumes basiques et géométriques qui confèrent aux modèles un aspect ultra actuel.

Le studio de Processus près de Nantes s'entoure d'un atelier de confection, l'Atelier de Fred, et d'une modéliste, Topaze Mahé, eux aussi installés dans la région nantaise. Les éléments qui constituent les modèles Processus sont fabriqués en France : de la doublure jusqu'au bord-côte en passant par la ouatine, les boutons, le patch logo, les étiquettes... Les zips sont produits en Europe. Les toiles de parachute ou de parapente, fabriquées en Haute-Savoie, sont collectées (hors d'usage pour le vol) en Bretagne, Loire-Atlantique ou Vendée. Fabriquer localement me permet d'être présente à chaque étape de production, d'être réactive, d'échanger directement avec mes partenaires. Les collections sont produites deux fois par an en très petite série puis à la commande pour éviter de produire du stock potentiellement invendu.

Gabrielle, styliste

Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? Styliste. Très tôt cette réponse est devenue une évidence et je n'ai jamais changé d'avis, ni même douté. J'ai accumulé au fur et à mesure d'innombrables carnets de croquis de silhouettes. C'est donc naturellement que je me suis lancée dans des études de Design de mode et textile à l’ESAA Duperré à Paris et au Lycée La Source à Nogent-sur-Marne. À ce moment-là, j'ai voulu m'opposer à certaines pratiques ou démarches qui me paraissaient prétentieuses ou trop sérieuses. J'ai pu prendre conscience de mes principales préoccupations et définir mon univers avec des influences qui sont, aujourd'hui encore, omniprésentes dans mon travail : la vie de la rue est toujours le fondement de mes projets. J'aime son caractère populaire, spontané, ses codes… Le vêtement témoigne de tous ces aspects. Je suis touchée par des groupes aux identités fortes qui rejettent certains systèmes, qui adoptent des valeurs communautaires qui me semblent belles. Ma première source d'inspiration qu'est le punk se mêle aujourd'hui à la culture hip-hop.

J'ai d'abord exercé en tant que styliste au sein de la Maison Irié à Paris pendant un peu plus de deux ans. Ça a été une très belle expérience. Enfin, j'ai fait le choix de m'installer à Nantes et de fonder ma marque : Processus. Quelques temps avant que je quitte Paris en 2014, mon père, paramotorise, m'a confié une première toile de parachute hors d'usage. La matière m'a séduite par son aspect, ses couleurs, ses propriétés techniques... Elle m'a inspirée et j'ai commencé les expérimentations. La première collection Processus est née, composée de volumes élémentaires. J'avais en tête les premiers modèles de Vivienne Westwood en bâche. La démarche est la même : un matériau sans valeur, détourné de sa fonction et associé au corps devient un vêtement manifeste de l'anti-mode. Dès mes études d'Arts Appliqués j'ai intégré la pratique de l'upcycling. J'ai expérimenté toutes sortes de matériaux inattendus. L'économie de moyens stimule la créativité : face à un objet ou un matériau qui nous plait, on se questionne, on s'inspire, on mesure les contraintes à prendre en compte... Au fur et à mesure des collections, j'ai développé de nouveaux modèles, mixtes, en apportant un soin particulier aux finitions.

Gabrielle Le Gall, styliste et fondatrice de Processus.